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  • Une certaine notion du devoir

    En parlant du devoir simple je ne puis m'empêcher de penser à la vie militaire et aux exemples qu'elle offre aux combattants de cette grande lutte qui est la vie. Celui-là comprendrait mal son devoir de soldat qui, l'armée une fois battue, s'abstiendrait de brosser ses vêtements, d'astiquer son fusil, d'observer la discipline.—À quoi bon? direz-vous peut-être.—À quoi bon? N'y a-t-il pas plusieurs façons d'être battu? Serait-il indifférent d'ajouter le découragement, le désordre, la débâcle au malheur de la défaite? Non. Il ne faut jamais oublier que le moindre acte d'énergie dans ces moments terribles est comme une lumière dans la nuit. C'est un signe de vie et d'espérance. Chacun comprend aussitôt que tout n'est pas perdu. Pendant la désastreuse retraite de 1813–1814, au cœur de l'hiver, alors qu'il devait être presque impossible de garder une tenue quelconque, je ne sais quel général se présentait un matin à Napoléon Ier en grande tenue et rasé de frais. Le voyant, en pleine débâcle, aussi soigné que s'il allait à une revue, l'empereur lui dit: Mon général, vous êtes un brave! Le devoir simple c'est encore le devoir prochain. Une très commune faiblesse empêche bien des gens de trouver intéressant ce qui est tout près d'eux; ils ne le voient que par ses côtés mesquins. Le lointain au contraire les attire et les enchante. Ainsi se dépense inutilement une somme fabuleuse de bonne volonté. On se passionne pour l'humanité, pour le bien public, pour les lointains malheurs, marchant à travers la vie, les yeux fixés sur des objets merveilleux qui nous captivent là-bas aux confins de l'horizon, tandis qu'on marche sur les pieds des passants, ou qu'on les coudoie sans les remarquer.