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politique

  • De Bari à Trump

    Dans quel monde vivons-nous ? C'est une vraie question que je pose ici. Parce que, personnellement, je n'ai aucune réponse à cette question. Plus depuis les élections américaines, en tout cas. Jeudi dernier encore, je suis allé avec mes collègues à Bari en Italie à l'occasion d'un incentive. Et le dernier soir, nous avons évoqué le parcours sans-faute de Trump outre Atlantique : tout le monde le donnait perdant, et il est pourtant parvenu à créer la surprise. Cette élection va sans doute avoir un effet domino dans le monde entier ; les pièces ont déjà commencé à se mettre en branle et le paysage géopolitique évolue sensiblement. Néanmoins, il est possible que cet improbable président américain ne soit pas le dingue qu'il a prétendu être : juste un business man particulièrement rusé et prêt à tout pour arriver à ses fins. Il a en effet battu, à plate couture si l'on considère que tout le monde était contre lui, l'establishment grâce à ses promesses provocantes. Mais depuis son élection, il a déjà largement fait évolué son postulat de départ : il ne touchera finalement pas à la sécurité sociale mise en place sous Obama ; son idée de rétablir la torture lui est passée ; sa muraille géante s'est muée en clôture. En réalité, cet homme pourrait bien être un président bien plus efficace qu'il n'y paraît. Evidemment old school, mais pas tant que ça, en fait. Et si vous doutez de son intelligence, rappelez-vous toujours que cet homme est parvenu à s'imposer contre toute l'élite d'un pays. Maintenant que j'y pense, Trump est en fait peut-être du même acabit que les autres politiques. Il n'en serait qu'une version exagérée. Qu'on y pense : il n'a pas menti plus que François Hollande quand il promettait de ne pas inviter de dictateurs en grande pompe à Paris ; il n'a pas été plus méchant que le petit Nicolas promettant aux habitants de nettoyer la banlieue « au karcher ». Ce comédien est finalement l'enfant prodige de notre société : un monstre ayant mêlé de manière décomplexée la sphère politique avec celle de la pub. Et je gage qu'en 2017, d'autres se préparent à faire de même. Mais il y a déjà un nain en moins dans la course, et c'est déjà ça de gagné. Sinon, cet incentive en Italie a été un excellent moment de détente. Les animations étaient totalement inattendues mais plutôt bien faites. Tenez, je vous mets en lien l'agence qui s'en est occupée, si vous avez besoin d'idées pour vos incentives.

  • Quand Val rejoint le FN

    Il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher à Philippe Val, c’est d’avoir été de gauche. La vraie gauche, celle du Larzac, de Mai 68, de la libération sexuelle, de l’anticonformisme, de l’antimilitarisme, de l’anticléricalisme, et de tous leurs rejetons idéologiques. Dans les années 70, le comique met le catéchisme d’extrême gauche en chansons, et brûle les planches des cafés-théâtres avec son complice Patrick Font. Un demi-siècle plus tard, Val ne connaît plus Font, passé par la case prison (pour pédophilie), avec qui il a fait les 400 coups, et il revient à l’occasion de la sortie de son livre C’était Charlie chez Grasset (la maison d’édition de BHL) dans l’émission Des Paroles et des actes, pour parler de l’islam, et enterrer son logiciel de gauche. Que peut-on encore dire sur Val, lui a toujours affiché ses goûts en public (à part en matière sexuelle), dans des éditos hebdomadaires poussifs, et de multiples invitations télé ? Eh bien que le bonhomme est passé de la gauche à la droite, de la gauche la plus intransigeante à la droite la plus extrême. On savait déjà, dans les années 2000, qu’il avait aiguillé Charlie, ce journal d’inspiration anarchiste, vers des rails néo-conservateurs (pro-américain, pro-OTAN, islamophobe, anti-FN, mondialiste), et qu’il avait sauté du train en 2009 avant qu’il ne déraille complètement, lors d’un attentat en janvier 2015. Comme s’il avait senti que ça ne sentait pas bon. Avant le drame, les nez creux de la rédaction, dits les anti-Val, auront été virés ou seront partis d’eux-mêmes, ce qui leur sauva probablement la vie. On verra alors l’ambitieux pédant à l’université d’été du MEDEF, en bon patron capitaliste – mais sans le cigare et la bedaine (c’est de droite) –, qui partageait (c’est de gauche) avec ses coactionnaires les centaines de milliers d’euros générés par les caricatures de Mahomet. Une bonne affaire, mais à risques. Comme tous les braquages. On ne sera donc qu’à moitié étonné du discours de ce revenant dans l’émission Des paroles et des actes sur France 2 le 16 novembre 2015, un revenant très fantomatique depuis l’après-Charlie (l’après 7 janvier). Beaucoup de sympathisants du journal lui en voulant d’avoir transformé ce canard en marchepied vers le pouvoir. Val, placé par le couple Sarkozy, ne fera pas aussi long feu sur France Inter : il sera débarqué en 2014, laissant derrière lui une autre traînée de mauvaise poudre.« Les causes sociales, c’est bidon, faut arrêter avec ça ! La culture de l’excuse, c’est terminé ! Mais le monde prouve tous les jours le contraire. Et on voit bien que le milieu dont sortent certains terroristes sont des milieux très différents les uns des autres et il faut arrêter avec ça, on est face à un problème politique, et théologique, un problème religieux, depuis le début des années 80 il y a un partie de l’islam qui ne cesse de se radicaliser. » Un discours néofasciste, carrément. Si le Val donneur de leçons des années Charlie (1992-2009) avait dû commenter ça, il aurait traité le Val 2015 de gros con, de salopard, et de fasciste. Toujours élégant dans le lyrisme, reliquat probable de ses chansons de cul pour tous les âges. Sauf que là, Val est devenu son propre épouvantail. C’est le lot de tous les opportunistes. Qui possèdent cette faculté que d’autres n’ont pas, de laisser la cohérence et l’honnêteté intellectuelle aux imbéciles. Cependant, le paradoxe n’est que de façade : au fond, Val a toujours été un gros facho, dans le vrai sens du terme : croyant détenir la vérité, insultant et rabaissant ses adversaires politiques ou idéologiques, utilisant des tribunes montées par d’autres pour son propre avancement, sans aucun égard pour ses troupes. Il aura sauté du train Charlie en marche, dont il aura poussé la loco à fond, dans un esprit « après moi le déluge ». Cavanna, qui a été manipulé pour la reprise du titre, selon Denis Robert, avait remarquablement résumé le capitalisme avec sa phrase « socialiser les pertes, privatiser les bénéfices ». Philippe Val n’aura pas oublié la leçon...